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TRAVAILLER EN FRANCE

Visa de travail : guide des régimes principaux

Les grands régimes de visa et de titre de travail en France, aux États-Unis, au Canada et aux Émirats : qui demande quoi, dans quel ordre, et où vérifier les règles officielles.

Élodie Blanc
Élodie Blanc Rédacteur spécialisé · publié le · 14 min de lecture
Visa de travail : guide des régimes principaux MIS À JOUR · 06 OCT 2026

Points à retenir

  1. Emploi hors Québec.
  2. Niveau français NCLC 5 (intermédiaire-avancé).
  3. Frais : 155 $ CA (permis) + 230 $ CA (vérification employeur).

Un visa de travail permet à un citoyen étranger de travailler légalement dans un pays. Cette page synthétise les régimes principaux : France, États-Unis, Canada, Émirats arabes unis, et les golden visas européens.

Chaque système pose des conditions de salaire, de contrat et d’autorisation préalable qui varient fortement. Tous exigent une demande formelle ; aucun ne garantit un délai de délivrance ni un résultat.

Qu’est-ce qu’un visa de travail ?

Un visa de travail est une autorisation officielle émise par un pays pour permettre à un étranger d’exercer une activité professionnelle sur son territoire.

Il est distinct d’un titre de séjour (délivré en France par la préfecture, et dont certains autorisent à travailler, d’autres non) ou d’un permis de travail (qui n’est pas un visa, mais une autorisation parallèle).

Le visa de travail est demandé avant l’arrivée : c’est une condition d’entrée et de résidence. Un permis de travail, lui, peut être une formalité complémentaire après entrée, selon le régime du pays.

Qui demande ? Cela dépend du pays et du régime. En France, c’est l’employeur qui demande une autorisation de travail pour le salarié. Aux États-Unis, c’est aussi majoritairement l’employeur qui pétitionne auprès de l’administration.

Au Canada, le permis de travail peut être demandé soit par l’employeur (permis lié), soit par le travailleur lui-même (permis ouvert, selon sa situation).

Les principes communs à tous les pays

Bien que chaque pays ait ses propres règles, des éléments reviennent partout.

Autorisation préalable de l’employeur

Dans la plupart des régimes, l’employeur doit d’abord demander une autorisation auprès de l’administration du travail du pays. C’est une garantie : l’emploi doit être réel et légal. Cette démarche précède la demande de visa ou de titre du salarié.

Opposabilité de l’emploi

L’offre d’emploi doit avoir été publiée avant la demande, pendant une durée minimale. Exemple : en France, la publication doit être effectuée auprès d’une agence d’emploi pendant 3 semaines consécutives dans les 6 mois précédant la demande, sauf métiers en tension ou dispenses.

Délais administratifs

Une fois la demande déposée, l’administration a un délai légal pour répondre, souvent autour de 2 mois. En France, le silence de l’administration au-delà du délai vaut refus.

Salaire minimum

Le salaire doit atteindre un seuil : le SMIC national ou un minimum conventionnel selon le secteur. Les hauts seuils de salaire s’appliquent à des visas premium (carte bleue européenne, talent qualifié).

Attestation de dépôt vs. autorisation effective

Ne pas confondre : l’attestation de dépôt de dossier ne donne pas le droit de travailler. Seule l’attestation de prolongation d’instruction (dossier déposé dans les délais, maintient le droit pendant la durée du renouvellement) autorise le travail en attente d’une réponse définitive.

Visa de travail en France

La France applique la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 « pour contrôler l’immigration, améliorer l’intégration ». Les demandes se font uniquement via ANEF, un portail gratuit de l’administration française.

Carte salarié (contrat ≥ 12 mois)

La carte salarié s’adresse aux étrangers embauchés en contrat d’au moins 12 mois ou en CDI.

Durée : 1 an, renouvelable.

Autorisation de travail : l’employeur doit la demander via ANEF. Si elle est accordée, le salarié peut travailler en France pendant la durée du contrat.

Timbres et taxes (à jour 01/05/2026 pour les timbres, 01/06/2026 pour les salaires) :

Timbres fiscaux — carte salarié1ère délivrance (300 € taxe + 50 € droit de timbre)350 €350 €Renouvellement250 €250 €Minoré, 1ère délivrance (saisonnier, certaines catégories)150 €150 €Minoré, renouvellement100 €100 €

Taxe employeur : 55 % du salaire mensuel brut, plafonné à 2,5 × SMIC. Au SMIC du 01/06/2026 (1 867,02 €/mois), le plafond est 2 567,15 €/mois. Cette taxe n’est due qu’à la première admission au séjour.

Délai : pour l’autorisation de travail demandée par l’employeur, le silence de l’administration pendant 2 mois vaut refus ; pour la demande de titre de séjour, le silence de la préfecture pendant 4 mois vaut refus. Les délais réels varient selon la préfecture.

Travailleur temporaire (contrat entre 3 et 12 mois)

Pour un contrat d’une durée supérieure à 3 mois mais inférieure à 12 mois, le titre de séjour « travailleur temporaire » s’applique.

Opposabilité : l’emploi doit avoir été publié 3 semaines consécutives auprès de France Travail dans les 6 mois avant la demande, sauf si le métier figure dans la liste de tension.

Taxe employeur : la taxe employeur est progressive selon le salaire du salarié. Les montants précis sont disponibles sur le site officiel service-public.gouv.fr.

Durée du titre : variable, selon la durée du contrat.

Carte talent

Depuis le 16 juin 2025 (décret 2025-539 du 13/06/2025, JO 15/06/2025), le « passeport talent » a été refondu en « carte de séjour pluriannuelle talent ».

Les mentions sont : talent – salarié qualifié (qui absorbe les anciens « jeune diplômé », « salarié d’une entreprise innovante » et « salarié en mission »), talent – carte bleue européenne, talent – profession médicale et de la pharmacie, talent – chercheur, talent – chercheur – programme de mobilité, talent – porteur de projet, talent (mandataire social, artiste-interprète ou auteur, personne de renommée nationale ou internationale) et talent (famille).

Durée : jusqu’à 4 ans (plus long que la carte salarié standard).

Autorisation de travail : l’employeur est dispensé d’autorisation de travail. Le salarié peut travailler directement.

Seuils salariaux de la carte talentTalent salarié qualifié, innovation, mission39 582 €/an39 582 €/anTalent carte bleue européenne59 373 €/an59 373 €/anTalent mandataire social67 212,60 €/an67 212,60 €/anTalent profession médicale41 386,48 €/an41 386,48 €/anTalent artiste (dont 51% de l’activité artistique)1 306,91 €/mois1 306,91 €/moisTalent chercheur2 200 €/mois2 200 €/moisTalent porteur de projet (création, financement)30 000 €30 000 €Talent porteur de projet (investissement direct)300 000 €300 000 €Au SMIC du 01/06/2026 = 1 867,02 €/mois.

Ces seuils peuvent être revalorisés annuellement. Un nouvel arrêté du salaire brut moyen aurait pu être paru fin août-septembre 2026 ; cette page ne peut le citer sans source datée primaire.

Timbres : mêmes montants que la carte salarié (350 € 1ère délivrance, 250 € renouvellement, 150 €/100 € minorés).

Examen civique et français A2

Depuis le 1er janvier 2026, tout demandeur d’une première carte pluriannuelle (salarié, talent, etc.) doit réussir un examen civique (40 questions en 45 minutes, avec 32 bonnes réponses minimum requis) et obtenir une attestation de français niveau A2.

Exceptions : renouvellements, demandeurs > 65 ans, aménagements possibles pour handicap ou santé.

Pour les cartes de résident, le niveau requis est B1.

Changement de statut étudiant → salarié

Un étudiant étranger qui obtient un emploi peut demander à changer de titre de séjour.

Délai de demande : dans les 2 mois précédant l’expiration du titre étudiant.

Cas favorisé : si l’emploi est directement lié aux études (domaine du diplôme ou formation) et que le salaire atteint 1,5 × SMIC (soit 2 800,53 €/mois au SMIC du 01/06/2026), le changement de titre s’effectue sans opposabilité de l’emploi.

Autres cas : démarche d’autorisation classique.

Possibilité intermédiaire : un VLS-TS « recherche d’emploi/création d’entreprise » est valable 1 an, non renouvelable. Le travail salarié est autorisé sans autorisation préalable durant cette période.

Régularisation métiers en tension

Un dispositif expérimental (L435-4 du CESEDA) permet à un étranger en situation irrégulière de solliciter un titre de séjour salarié si certaines conditions sont remplies.

Validité : jusqu’au 31 décembre 2026 (fin prévue, à surveiller pour extension ou suppression).

Conditions : 3 ans de résidence ininterrompue + 12 mois d’activité salariée dans un métier, secteur ou zone en tension au cours des 24 derniers mois.

Titre délivré : salarié ou travailleur temporaire, durée 1 an. La décision relève du pouvoir discrétionnaire du préfet.

Liste des métiers : arrêté du 21/05/2025, révisé annuellement.

Visa de travail aux États-Unis

Les États-Unis proposent plusieurs catégories de visas de travail.

Visas E-2 (investisseur conventionné) et E-1 (commerçant)

La France est pays conventionné pour E-2 et E-1. Ces visas sont délivrés par le consulat américain.

Durée : 48 mois pour la France (renouvelable).

Entrées multiples : oui.

Conditions : accord de commerce bilatéral France-USA, investissement ou commerce lié.

H-1B (specialty occupation)

L’H-1B s’adresse aux professionnels ayant une formation spécialisée. Le processus comprend une pétition de l’employeur.

Sélection : depuis le 27 février 2026 (campagne 2027), le tirage au sort H-1B est pondéré par le niveau de salaire du poste : niveau IV = 4 chances, III = 3, II = 2, I = 1. Enregistrement électronique préalable obligatoire (période FY2027 : 04-19/03/2026), frais 215 $.

Proclamation « 100 000 $ » : depuis le 21/09/2025, une proclamation présidentielle impose à l’employeur un paiement de 100 000 $ par pétition H-1B visée, principalement pour un nouveau bénéficiaire qui se trouve hors des États-Unis. Ce n’est ni un salaire minimum ni une taxe annuelle.

Elle a été prolongée jusqu’au 21/09/2027 par une proclamation du 18/09/2026 (relevé du 06/10/2026, whitehouse.gov). Attention : un tribunal fédéral a annulé le 8 juin 2026 les instructions de perception de ce paiement et la cour d’appel a refusé le 24 juillet 2026 d’en suspendre l’effet ; l’USCIS indique s’y conformer (uscis.gov, 06/10/2026).

Pétition : peut être déposée à partir du 01/04 de chaque année.

L-1 (mutation intra-groupe)

Permet à un employé d’une multinationale de se voir transférer aux États-Unis.

Condition : l’employé doit avoir travaillé 1 an en continu au cours des 3 ans précédents pour la même entreprise ou entité connexe.

O-1 (capacités extraordinaires)

Réservé aux personnes ayant des compétences exceptionnelles documentées (arts, sciences, affaires).

Green Card et DV lottery

La carte verte (résidence permanente) peut être obtenue par plusieurs voies : voies basées sur l’emploi (EB-1 à EB-5), lottery de diversité (DV lottery) via dvprogram.state.gov, ou « Gold Card » (décret 14351 du 19/09/2025) pour certains investisseurs avec formulaire I-140G, frais 15 000 $ + contribution de 1 M$ par personne (2 M$ si une entreprise parraine), montants relevés le 06/10/2026 sur uscis.gov/i-140g.

DV-2027 : les inscriptions n’avaient pas ouvert au 30/09/2026.

Visa de travail au Canada

Le Canada accepte les travailleurs étrangers selon plusieurs régimes.

Permis de travail lié à un employeur

Demande via le portail d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). L’employeur doit d’abord obtenir une « étude d’impact sur le marché du travail » (EIMT) auprès de Emploi et Développement social Canada, sauf dispenses.

Permis de travail ouvert

Depuis le 21 janvier 2025, le permis ouvert pour les conjoints a été restreint. Il concerne les conjoints d’étudiants internationaux (programme d’études ≥ 16 mois, master ou doctorat) et les conjoints de travailleurs qualifiés (TEER 0-1 ou certains TEER 2-3) avec ≥ 16 mois restants sur leur permis.

Le permis ouvert permet de travailler pour n’importe quel employeur sans nouvelle approbation.

Entrée express

Depuis le 25 mars 2025, les offres d’emploi ne rapportent plus de points dans le système de sélection (CRS) d’Entrée express.

Mobilité francophone

Les travailleurs francophones (niveau NCLC 5) peuvent obtenir un permis de travail dispensé d’EIMT pour un emploi hors Québec ; l’employeur paie 230 $ CA de frais de conformité.

Québec

Le Québec mène sa propre sélection des travailleurs immigrés, distincte du régime fédéral.

Visa de travail aux Émirats arabes unis

Les Émirats proposent un « golden visa » pour certains professionnels.

Golden visa travailleur qualifié

Points à retenir

  1. Contrat de travail valide.
  2. Niveau professionnel MOHRE 1-2.
  3. Salaire : ≥ 30 000 AED/mois.

Important : si le salaire tombe en dessous de 30 000 AED ou si le contrat cesse, le golden visa est annulé automatiquement.

Permis de travail MOHRE

Le titulaire du golden visa salarié doit aussi obtenir un permis de travail distinct auprès du MOHRE (ministère du Travail). Durée : 2 ans, renouvelable.

Secteur privé : permis MOHRE + visa de résidence parrainé par l’employeur.

Golden visas européens

Un « golden visa » est un titre de résidence accordé en échange d’un investissement (immobilier, capital, donation). Ce n’est pas un visa de travail : il autorise la résidence, mais pas automatiquement le droit de travailler partout dans le pays.

Fermetures récentes

Espagne : le golden visa a été supprimé le 3 avril 2025 par la Ley Orgánica 1/2025. Les demandes antérieures sont instruites selon l’ancien droit ; les titres en cours demeurent valables jusqu’à leur terme.

Portugal : la voie immobilière du golden visa (« Autorização de Residência para Investimento », ARI) a été supprimée en octobre 2023 par la loi 56/2023 « Mais Habitação ». D’autres programmes subsistent : investissements en fonds, recherche, culture, création d’emplois.

Malte : un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 29 avril 2025 (C-181/23, Commission c/ Malte) a jugé le programme de citoyenneté par investissement contraire au droit européen. Cette décision concerne la citoyenneté, non le titre de résidence seul.

Programmes encore ouverts

Grèce, Italie, Hongrie, Chypre et Malte (titre de résidence distinct de citoyenneté) proposent des golden visas. Les conditions (montants, durée, droits de travail) varient considérablement. Un conseil spécialisé est recommandé avant investissement.

En France

Toutes les demandes d’accès et autorisations se font via ANEF.

L’employeur crée un compte et dépose la demande d’autorisation de travail en ligne. Le service est gratuit.

Délai : l’administration a 2 mois pour répondre à la demande d’autorisation de travail ; passé ce délai, le silence vaut refus. L’attestation de dépôt ne permet pas de travailler. L’attestation de prolongation d’instruction concerne seulement le renouvellement d’un titre de séjour demandé dans les délais.

À l’étranger

La démarche varie selon le pays : certains exigent une demande préalable via l’employeur auprès du ministère du Travail, d’autres font intervenir le consulat pour le visa d’entrée, et le processus peut combiner démarches en ligne, dossier papier et entretien.

Les délais réalistes varient de quelques semaines à plusieurs mois selon le pays et l’encombrement des services.

Questions fréquentes

Qui demande : l’employeur ou le salarié ?

En France et aux États-Unis, c’est majoritairement l’employeur qui initie la démarche (autorisation de travail, pétition USCIS). Au Canada, selon le type de permis. L’étudiant ou travailleur lui-même peut aussi demander directement dans certains régimes.

Le récépissé me permet-il de travailler ?

Non. L’attestation de dépôt (récépissé) ne confère pas le droit de travailler. Seule une attestation de prolongation d’instruction, remise si le dossier est complet et déposé à temps, maintient le droit de travailler en attente de réponse (délai ≤ 3 mois renouvelables en France).

Combien de temps cela prend-il ?

En France : la préfecture a 2 mois légalement. Passé ce délai, le silence vaut rejet. Aux États-Unis : plusieurs mois (H-1B : avril-décembre, traitement ≤ 6 mois). Au Canada : semaines à mois. Aux EAU : variables selon la prestation du ministère du Travail.

« Passeport talent » ou « carte talent » ?

Depuis juin 2025, le titre s’appelle « carte de séjour pluriannuelle talent ». L’ancien nom « passeport talent » n’est plus officiel dans les textes et décisions, mais on peut rencontrer cette expression dans d’anciens documents ou communications.

Quand consulter un professionnel ?

Un avocat spécialisé en droit de l’immigration peut vous conseiller dans ces situations :

Points à retenir

  1. Refus d’autorisation.
  2. Obligation de quitter (OQTF).
  3. Dépassement des délais légaux sans réponse.
  4. Complexité du dossier (création d’entreprise, investissement).
  5. Questions d’impôt ou de droits sociaux.

Cette page fournit une information générale sur les visas de travail. Elle ne remplace ni un examen complet de votre dossier par une préfecture, un consulat ou une autorité gouvernementale, ni un conseil juridique personnalisé d’un avocat.

Chaque situation (qualification, secteur, contrat, durée, antécédents) crée des conditions particulières. Les délais, montants, seuils de salaire et critères d’admissibilité évoluent régulièrement et varient par juridiction locale.

Si votre demande est refusée, si vous recevez une obligation de quitter, ou si un délai administratif semble dépassé sans réponse, un avocat spécialisé en droit de l’immigration peut examiner votre cas dans sa globalité et défendre vos droits auprès des autorités compétentes.

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